Souvent j'ai envie de faire dialoguer entre elles mes citations préférées. Par exemple, "Quel est celui que l'on prend pour moi ?", la célèbre interrogation d'Aragon, me semble en toute logique appeler en réponse la non moins fameuse devise de Cocteau : "Ce qu'on te reproche, cultive-le : c'est toi." Moralité : c'est toi que l'on prend pour toi. Inutile de s'inquiéter de l'image déplorable que l'on donne de soi, puisqu'elle est toujours vraie. Mieux vaut abonde dans son sens que passer sa vie à contre-courant. Aragon et Cocteau eurent-ils cette conversation de leur vivant ? Peu importe. A présent ils discutent entre morts. Qu'est-ce qu'une bibliothèque, sinon un lieu de dialogue entre cadavres ? Le débat pourrait se prolonger longtemps... Kafka, par exemple, va encore plus loin que Cocteau avec son aphorisme catégorique : "Dans le combat entre toi et le monde, seconde le monde."
Beigbeder